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Soignés d'office- documentaire qui fait honte

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Voici un documentaire publié sur le site du Sénat:
http://www.publicsenat.fr/vod/documentaire/soignes-d-office/72281

Deux choses:

1- Je suggère très vivement que l’UNGF publie un communiqué de presse pour dénoncer l’attitude cavalière de la France en regard des droits de l’homme-patient-psychiatrique.
Rien à attendre du côté des associations nationales d’usagers qui au mieux noieront le poisson ou qui ne feront rien, par habitude.
Si vous souhaitez que les choses bougent, agissez, aujourd’hui.

2- Voici un post que j'ai mis en reaction:


Ce documentaire m’a bouleversée et mise en rage. Encore une fois, voici la preuve flagrante que la France ne respecte pas les termes de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées qu’elle a pourtant signée et ratifiée en 2010. Cette Convention est par ailleurs légalement contraignante. Dans la Convention, le handicap couvre la maladie mentale et donc les patients/usagers sont alors des personnes qui doivent pouvoir jouir de leurs droits fondamentaux au même titre que tout membre de la société. Seulement voilà, en France et comme le démontre si clairement le documentaire, ils ne sont pas traités comme le requiert la Convention, selon le principe de « non discrimination » et « sur la base de l’égalité avec les autres » (articles 1, 3, 4, 5). Dans la pratique, qu’est-ce que cela devrait dire ?

Cela devrait dire que l’on ne peut plus pratiquer le placement d’office sur la seule base de la maladie mentale (« le handicap, l’incapacité »), c’est ILLEGAL (articles 3 et 14). On ne peut non plus pratiquer le placement d’office sur la base de la maladie mentale accompagnée de notion de dangerosité pour la personne elle-même ou pour autrui, ou accompagnée de la notion de besoin de traitement (toujours l’article 14 et voir l’Etude Thématique du Haut Commissariat aux Droits de L’Homme A/HRC /10/48, paras 48 et 49).

«Sur la base de l’égalité », veut dire qu’il est ILLEGAL de forcer des personnes, sans leur consentement informé et éclairé, à subir une intervention psychiatrique quelle qu’elle soit (médicamenteuse à son insu ou non, isolation, électrochocs, privation de liberté, camisole de force etc.) (articles 1, 3, 4, 5, 12, 14, 15, 17, 25). Cela veut dire dans la pratique qu’une admission doit avoir un fondement NEUTRE, c’est-à-dire non teinté d’un jugement fondé sur la maladie mentale (le handicap). Ainsi, tout certificat médical signé par un psychiatre en vue d’un placement d’office est ILLEGAL précisément parce qu’un psychiatre ne peut émettre un jugement neutre. Toute confirmation de placement d’office faite par un juge, fondée sur de tels certificats médicaux est elle aussi ILLEGALE, pour les mêmes raisons.

La veille excuse de pratiquer des interventions parce que la personne ne se rend pas compte de ce qui se passe ou ce qu’elle fait, ou « pour son bien », ne prend plus non plus. La Convention est très claire là-dessus. « Sur la base de l’égalité » implique que toute personne, y compris les personnes dites « malades mentales » « ont droit à la reconnaissance en tous lieux de leur personnalité juridique dans des conditions d’égalité » (article 12) et lorsque cela est nécessaire, elles doivent pouvoir bénéficier de mesures nécessaires afin de garantir la jouissance de ce droit, « la volonté et les références de la personne concernée ». Cela se traduit dans la pratique par un soutien afin de prendre toutes décisions, y compris celles concernant les soins, lieux de résidence, finances etc. La Convention précise que toute mesure de tutelle doit être abolie en faveur d’autres modèles de soutien rapprochée à la personne.

La France a non seulement signé et ratifié la Convention, elle a aussi signé et ratifié la Convention contre la Torture (CAT) ainsi que son Protocol (OPCAT). Le Rapporteur Spécial Manfred Novak a d’ailleurs émis un certain nombre de recommandations dont celles d’abolir comme formes de torture « les traitements dégradants ou inhumains ou de punition ». Le premier Rapporteur Spécial avait inclus les traitements suivants dans sa liste de formes de torture etc. : « l’administration de drogues dans les lieux psychiatriques y compris les neuroleptiques qui sont sources de tremblements, de grelottements et de contractions musculaires mais qui ne font que rendre le sujet apathique et qui engourdissent son intellect ».
Lorsque l’on voit comme dans le film on se moque ouvertement de la personne qui dit que l’on ne doit pas, peut pas enfermer quelqu’un comme ça, en faisant bien comprendre à l’audience que ce comportement n’est qu’un symptôme de la maladie, on devrait se poser des questions sur le type de société qui permet cela. On nous dit « Le délire mystique dérange » : Et alors ? On nous dit aussi que cette personne vit dans un logement délabré : Et alors ? Si cette personne n’était pas un patient ou était un patient d’un service autre que la psychiatrie on lui foutrait la paix. Si la personne a besoin et souhaite un soutien pratique/économique ou autre (concernant son logement par ex) ce n’est pas en l’enfermant et en lui faisant prendre de force un traitement que cela arrangera les choses, sans compter que cela est aussi ILLEGAL selon les termes de la Convention.

Lorsque le psy dit à l’usager que la Charte ne couvre pas le choix du lieu de l’hospitalisation pour les placements d’office, il a tort car la Convention le prévoit. Mais non, les droits des patients sont encore là bafoués.
Je pourrais continuer comme cela pendant longtemps. Je voulais « simplement » souligner ici que l’on entend toujours les mêmes arguments qui ont certes leur place mais qui n’en laissent aucune pour d’autres, probablement plus fondamentaux. La Convention est le premier instrument s’adressant spécifiquement aux droits des personnes handicapées dont les personnes dites malades mentales, parmi les 650 millions dans le monde et pour lesquelles jusqu'à présent aucun cadre législatif n’avait vraiment offert de soutien tangible et que l’on considérait comme un objet incapable de prendre des décisions par lui-même, même en état de crise. Il existe d’autres modèles, d’autres approches du soin qui ont fait leurs preuves (Voir les études scientifiques –et non scientistes- sur le modèle Open Dialogue en Finlande qui donne des résultats tout à fait remarquables, avec un taux très faible d’hospitalisations et de traitements chimiques). Mais pour cela, il faut vraiment avoir envie de travailler autrement, de laisser tomber des habitudes culturelles profondément ancrées qui font largement plus de mal que de bien. De plus en plus des clameurs venant de professionnels de la santé eux-mêmes le font entendre mais la France reste apparemment sourde.

La Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées offre un changement radical de paradigme en passant d’un modèle médical de la psychiatrie à un modèle social où nous devons être en effet réellement traités à égalité avec les autres. Peut-être est-ce trop pour tous les psychiatres et autres bien penseurs qui aimeraient tout bonnement que nous patients consentions, juste consentions à tout ce qu’on nous demande de faire, de prendre, de subir, bien gentiment, et que tout continue comme avant la Loi du 5 juillet, avant que des juges ne mettent le nez dans leurs affaires ou que les Nations Unies ne disent que le status quo n’a plus lieu d’être, que nous avons de réels droits et que nous allons nous battre pour eux.

PS : Et non, je n’appartiens pas à la scientologie…

Voir le profil de l'utilisateur http://www.enusp.org

2 REPONDEZ SVP le Lun 2 Avr - 15:33

Anne-Laure Donskoy a écrit:Voici un documentaire publié sur le site du Sénat:
http://www.publicsenat.fr/vod/documentaire/soignes-d-office/72281

Deux choses:

1- Je suggère très vivement que l’UNGF publie un communiqué de presse pour dénoncer l’attitude cavalière de la France en regard des droits de l’homme-patient-psychiatrique.
Rien à attendre du côté des associations nationales d’usagers qui au mieux noieront le poisson ou qui ne feront rien, par habitude.
Si vous souhaitez que les choses bougent, agissez, aujourd’hui.

2- Voici un post que j'ai mis en reaction:


Ce documentaire m’a bouleversée et mise en rage. Encore une fois, voici la preuve flagrante que la France ne respecte pas les termes de la Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées qu’elle a pourtant signée et ratifiée en 2010. Cette Convention est par ailleurs légalement contraignante. Dans la Convention, le handicap couvre la maladie mentale et donc les patients/usagers sont alors des personnes qui doivent pouvoir jouir de leurs droits fondamentaux au même titre que tout membre de la société. Seulement voilà, en France et comme le démontre si clairement le documentaire, ils ne sont pas traités comme le requiert la Convention, selon le principe de « non discrimination » et « sur la base de l’égalité avec les autres » (articles 1, 3, 4, 5). Dans la pratique, qu’est-ce que cela devrait dire ?

Cela devrait dire que l’on ne peut plus pratiquer le placement d’office sur la seule base de la maladie mentale (« le handicap, l’incapacité »), c’est ILLEGAL (articles 3 et 14). On ne peut non plus pratiquer le placement d’office sur la base de la maladie mentale accompagnée de notion de dangerosité pour la personne elle-même ou pour autrui, ou accompagnée de la notion de besoin de traitement (toujours l’article 14 et voir l’Etude Thématique du Haut Commissariat aux Droits de L’Homme A/HRC /10/48, paras 48 et 49).

«Sur la base de l’égalité », veut dire qu’il est ILLEGAL de forcer des personnes, sans leur consentement informé et éclairé, à subir une intervention psychiatrique quelle qu’elle soit (médicamenteuse à son insu ou non, isolation, électrochocs, privation de liberté, camisole de force etc.) (articles 1, 3, 4, 5, 12, 14, 15, 17, 25). Cela veut dire dans la pratique qu’une admission doit avoir un fondement NEUTRE, c’est-à-dire non teinté d’un jugement fondé sur la maladie mentale (le handicap). Ainsi, tout certificat médical signé par un psychiatre en vue d’un placement d’office est ILLEGAL précisément parce qu’un psychiatre ne peut émettre un jugement neutre. Toute confirmation de placement d’office faite par un juge, fondée sur de tels certificats médicaux est elle aussi ILLEGALE, pour les mêmes raisons.

La veille excuse de pratiquer des interventions parce que la personne ne se rend pas compte de ce qui se passe ou ce qu’elle fait, ou « pour son bien », ne prend plus non plus. La Convention est très claire là-dessus. « Sur la base de l’égalité » implique que toute personne, y compris les personnes dites « malades mentales » « ont droit à la reconnaissance en tous lieux de leur personnalité juridique dans des conditions d’égalité » (article 12) et lorsque cela est nécessaire, elles doivent pouvoir bénéficier de mesures nécessaires afin de garantir la jouissance de ce droit, « la volonté et les références de la personne concernée ». Cela se traduit dans la pratique par un soutien afin de prendre toutes décisions, y compris celles concernant les soins, lieux de résidence, finances etc. La Convention précise que toute mesure de tutelle doit être abolie en faveur d’autres modèles de soutien rapprochée à la personne.

La France a non seulement signé et ratifié la Convention, elle a aussi signé et ratifié la Convention contre la Torture (CAT) ainsi que son Protocol (OPCAT). Le Rapporteur Spécial Manfred Novak a d’ailleurs émis un certain nombre de recommandations dont celles d’abolir comme formes de torture « les traitements dégradants ou inhumains ou de punition ». Le premier Rapporteur Spécial avait inclus les traitements suivants dans sa liste de formes de torture etc. : « l’administration de drogues dans les lieux psychiatriques y compris les neuroleptiques qui sont sources de tremblements, de grelottements et de contractions musculaires mais qui ne font que rendre le sujet apathique et qui engourdissent son intellect ».
Lorsque l’on voit comme dans le film on se moque ouvertement de la personne qui dit que l’on ne doit pas, peut pas enfermer quelqu’un comme ça, en faisant bien comprendre à l’audience que ce comportement n’est qu’un symptôme de la maladie, on devrait se poser des questions sur le type de société qui permet cela. On nous dit « Le délire mystique dérange » : Et alors ? On nous dit aussi que cette personne vit dans un logement délabré : Et alors ? Si cette personne n’était pas un patient ou était un patient d’un service autre que la psychiatrie on lui foutrait la paix. Si la personne a besoin et souhaite un soutien pratique/économique ou autre (concernant son logement par ex) ce n’est pas en l’enfermant et en lui faisant prendre de force un traitement que cela arrangera les choses, sans compter que cela est aussi ILLEGAL selon les termes de la Convention.

Lorsque le psy dit à l’usager que la Charte ne couvre pas le choix du lieu de l’hospitalisation pour les placements d’office, il a tort car la Convention le prévoit. Mais non, les droits des patients sont encore là bafoués.
Je pourrais continuer comme cela pendant longtemps. Je voulais « simplement » souligner ici que l’on entend toujours les mêmes arguments qui ont certes leur place mais qui n’en laissent aucune pour d’autres, probablement plus fondamentaux. La Convention est le premier instrument s’adressant spécifiquement aux droits des personnes handicapées dont les personnes dites malades mentales, parmi les 650 millions dans le monde et pour lesquelles jusqu'à présent aucun cadre législatif n’avait vraiment offert de soutien tangible et que l’on considérait comme un objet incapable de prendre des décisions par lui-même, même en état de crise. Il existe d’autres modèles, d’autres approches du soin qui ont fait leurs preuves (Voir les études scientifiques –et non scientistes- sur le modèle Open Dialogue en Finlande qui donne des résultats tout à fait remarquables, avec un taux très faible d’hospitalisations et de traitements chimiques). Mais pour cela, il faut vraiment avoir envie de travailler autrement, de laisser tomber des habitudes culturelles profondément ancrées qui font largement plus de mal que de bien. De plus en plus des clameurs venant de professionnels de la santé eux-mêmes le font entendre mais la France reste apparemment sourde.

La Convention des Nations Unies relative aux Droits des Personnes Handicapées offre un changement radical de paradigme en passant d’un modèle médical de la psychiatrie à un modèle social où nous devons être en effet réellement traités à égalité avec les autres. Peut-être est-ce trop pour tous les psychiatres et autres bien penseurs qui aimeraient tout bonnement que nous patients consentions, juste consentions à tout ce qu’on nous demande de faire, de prendre, de subir, bien gentiment, et que tout continue comme avant la Loi du 5 juillet, avant que des juges ne mettent le nez dans leurs affaires ou que les Nations Unies ne disent que le status quo n’a plus lieu d’être, que nous avons de réels droits et que nous allons nous battre pour eux.

PS : Et non, je n’appartiens pas à la scientologie…

NOUS VOUS DEMANDONS DE RÉPONDRE ET PAS SEULEMENT DE LIRE.
IL NOUS FAUT REAGIR... Exclamation Exclamation Exclamation

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